Changer d’établissement … A quoi penser ?

Dans cet article, je vous propose de balayer les choses qui m’ont semblées indispensable d’avoir en tête au moment de changer de collège et qui pourraient vous servir si vous êtes dans la même situation … Que ce soit pour faire le choix de demander ou non sa mutation, les questions à poser avant d’arriver et ce qu’il faut réaliser au moment du départ. L’occasion aussi pour moi de raconter ce grand changement dans ma vie professionnelle … Je promets un volet 2 pour partager mon retour sur ma première année à Mona Ozouf !

Partir pour les bonnes raisons

Après 16 ans à Trignac, je peux vous dire que changer d’établissement, se projeter même à l’idée de changer, n’était pas chose facile. Car j’évoque ici l’idée de partir quand les conditions sont plutôt bonnes là où vous êtes. Evidemment, si vous ne vous plaisez pas du tout, le choix de partir sera facile à prendre. Moi j’étais bien à Lambot à Trignac : une équipe précieuse tant professionnellement qu’humainement (pas tout le monde évidemment hein …) et l’impression d’être là où je suis utile en REP, où mon métier a du sens (encore plus qu’ailleurs). Mais tout n’était pas « parfait » et une opportunité incroyable s’est présentée. Alors j’ai réfléchi … partir ou rester ?

Je pense qu’il y a des raisons de partir et d’autres qui n’en sont pas. En effet, nous savons toutes et tous qu’il y a des facteurs qui sont ponctuels et qui peuvent changer du tout au tout : une mauvaise cohorte qui vous en fait baver, une Direction peu à l’écoute, des changements dans votre vie perso qui impacte votre ressenti professionnel. Pour moi, ces raisons ne sont pas suffisantes pour partir. 

Ce qui m’a donné envie de quitter mon petit nid douillet Lambotien, c’est de me rapprocher de chez moi. Je n’étais pas si loin, mais les 20/30 min selon la circulation me coutaient beaucoup. Je déteste conduire, le covoiturage était compliqué avec des horaires qui varient chaque jour et parfois à la dernière minute, le train impossible car les horaires ne correspondaient pas avec le départ de mon mari pour le travail. Ma conscience écologique était bien écornée avec tous ces trajets… Nous avions fait le choix avec mon mari de rester dans notre commune quand nous avions déménagé pour offrir à nos enfants une vie sans voiture, avec un accès rapide en vélo aux écoles et à la gare,  et moi je continuais de mon coté à utiliser ma voiture pour aller au travail. Alors j’ai commencé à envisager de muter dans ma commune…  un jour, plus tard, le jour où un poste serait libre…

J’ai aussi pensé à l’organisation de ma vie de famille et à mon couple. Mon mari bosse de nuit, mes enfants sont encore petit.es et c’est quand même sacrément plus pratique de pouvoir rentrer le midi, passer prendre les enfants avant une réunion parents-profs, aller récupérer un truc oublié dans ma salle sans devoir faire 1h de route aller-retour. Tout ce temps de trajet gagné, c’est du temps en plus auprès de ma famille, c’est la possibilité de prendre un temps avec mon homme. 

J’ai aussi eu envie de me projeter sur les 20 prochaines années : aurais-je assez d’énergie pour continuer à exercer en REP avec la même détermination ? Pour m’engager dans les projets avec la même vigueur ? N’aurais-je pas besoin / envie de me faciliter le quotidien en étant près de chez moi quand le quotidien sera plus fatigant, l’âge avançant ?

Voilà qu’un matin, mon homme m’a suggéré de regarder les postes au mouvement pour ne pas rater une opportunité … Et il a bien fait car il y avait justement un poste dans ma commune…

S'assurer d'avoir un poste complet et qu'il le reste

Ces dernières années, la baisse démographique a ajouté un fort enjeu dans les mutations : ne pas voir les heures diminuer au point que ton nouveau poste ne soit plus complet… Rien ne me servait de quitter un établissement où j’étais bien pour me rapprocher si c’était pour faire ensuite 6h à 40 bornes de chez moi… Alors dans les conditions de ma demande de mutation, il fallait que dans un avenir proche, je ne sois plus la dernière arrivée. C’est exactement ce qui se profile pour mon nouvel établissement puisque la collègue qui est aussi prof de SVT et que je connais depuis plus de 10 ans, part à la retraite dans quelques années. Cela me protège donc si le nombre d’heures venait à baisser au point d’entamer un de nos postes en SVT. 

Les questions à poser avant de choisir

Je n’étais pas prête à tout perdre de ce que j’avais à Trignac pour me rapprocher. J’ai donc bien pris le temps d’échanger avec ma collègue de Mona Ozouf  pour vérifier certains points :

  • avoir ma salle : c’est une condition très importante pour moi, j’ai trop souffert de ne plus avoir ma salle à Trignac pendant une période. 
  • choisir mes niveaux pour une transition en douceur : je savais que j’allais devoir préparer un 3e niveau un jour ou un autre car même à Trignac, les répartitions de services auraient pu coincer à un moment… Mais je voulais conserver des 6e (niveau que j’adore) et des 5e pour lesquels j’ai une programmation bien installée. Ma collègue voulait les 3e, ce sera donc les 4e qui entreront dans mes classes pour 2026 / 2027 !
  • avoir un environnement de travail agréable : de ce côté c’est parfait, la salle de Mona Ozouf est très récente, c’est un collège quasi neuf, le labo est bien achalandé. 
  • être prof principale (et de 6e) : j’aime trop cette mission … j’ai tâté le terrain et ça semblait possible 
  • faire l’EIS en 6e : là aussi, j’ai vu qu’il y avait possibilité d’en discuter et que cela pouvait se construire, notamment avec le nouveau programme de 6e.
  • quelle est la dynamique de l’établissement ? L’état d’esprit ? J’ai besoin de connaitre la culture de l’établissement : Mona Ozouf est un établissement très jeune (10 ans) et il y a encore beaucoup à faire. Je ne vais pas retrouver le dynamisme de Trignac (il est incroyable !), je le sais bien, mais des projets sont menés et il y a un petit noyau de collègues qui veulent s’impliquer. Plusieurs collègues me suivent sur les réseaux et je sens qu’il sera intéressant de faire des temps d’échange de pratique.
  • des défis à relever pour des élèves à besoin : pour certain.es d’entre nous, différencier et faire face à des élèves à besoin peut être difficile, pour moi c’est ce qui donne du sens à mon métier. Je me suis sentie tellement inutile l’année où j’exerçais 6h dans un établissement ayant un IPS des plus élevés de l’académie… Quitter la REP est une étape très difficile pour moi, mais je sais qu’il y aura toujours des élèves qui auront besoin d’une prof pour leur redonner confiance en elleux, pour s’adapter à leur handicap, pour les accompagner dans leur arrivée dans le système scolaire français ou pour les épauler quand rien ne va plus dans leur vie perso.

J’ai aussi profité des portes ouvertes de l’établissement et de ma fille qui fait sa rentrée en 6e (dans l’autre collège finalement) pour prendre la température, rencontrer les collègues et me faire un dernier avis avant de cliquer sur « valider la demande de mutation ».

J’ai longuement hésité à faire cette demande, j’ai cheminé et me suis assurée de ce que j’allais trouver, sachant bien ce que je quittais à Lambot, il fallait que ca vaille vraiment le coup ! Je ne saurai que dans quelques années si j’ai fait le bon choix …

Organiser son départ

Quand tu fais partie d’une équipe depuis 16 ans, que tu as eu des responsabilités dans différentes missions et projets, tu te dois de bien organiser ton départ. En effet, j’avais à coeur de faciliter les choses à celles et ceux qui vont rester mais aussi et celles qui vont me remplacer. J’ai donc listé l’ensemble des projets dans lesquels j’étais impliquée pour voir ce que je devais transmettre comme ressources à stocker dans Tribu ou à remettre en format papier. J’ai aussi évoqué avec plusieurs collègues ma succession dans mes missions en établissement : référente EDD, RUPN, PIX.  Evidemment, je vais rester complètement disponible pour les collègues qui auront besoin de moi au fil de l’année (et des suivantes).

J’ai aussi pris le temps de bien échanger avec les collègues de SVT qui allaient me remplacer ainsi que mon collègue de SVT qui a muté en même temps que moi (et c’est tellement mieux ainsi pour nous 2 …). Elles m’ont contactée directement par mail ou RS. J’ai pu répondre à leur premières questions et leur donner notre projet disciplinaire de SVT, habituellement mis à disposition des collègues qui assuraient quelques heures chez nous. Evidemment, j’ai aussi donné tous mes cours de 6e car liés à l’aire éducative « le crassier ». Et puis j’ai rangé et vidé ma salle suffisamment tôt pour qu’elles puissent s’y installer avant les vacances. Cela m’a permis de trier et d’enfin jeter tout ce que je gardais « au cas où ». Il faut vraiment que j’arrête de faire ça…

La partie la plus difficile a été de mettre fin aux relations humaines telles qu’elles existaient … mais c’est aussi ce qui m’avait fait le plus hésiter à demander ma mutation. Voir les collègues affecté.es par mon départ, participer à mes dernières réunions, recevoir les mots et cadeaux des élèves mais aussi des parents (je ne m’y attendais pas)…. j’ai vécu beaucoup d’émotions pendant ces dernières semaines ! J’ai anticipé en rédigeant tôt mon discours de départ tant que j’en étais encore capable. Et je suis contente d’avoir pu le lire à mes collègues <3 et ce n’était pas gagné car je pleurais à chaudes larmes dès mon arrivée le dernier jour ! J’ai vécu une superbe dernière journée et il est clair que je ne coupe aucunement les liens qui m’unissent aux collègues… On ne quitte jamais vraiment Julien Lambot !

Préparer son arrivée

Avant même d’avoir le résultat du mouvement, j’ai posé tout un tas de questions pour me projeter, en plus de celles évoquées plus haut, puis j’en ai posé d’autres une fois ma mutation confirmée. Je les ai conservées et je vous les note ici dans un format catalogue car je ne vois pas trop comment le faire autrement :

– y a t’il des ordinateurs à dispositions dans la salle ? Dans le pôle sciences ?

– où en est le dispositif « portable en pause » ? Les élèves peuvent-ils et elles utiliser leur téléphone pour des activités pédagogiques ?

– quel projet EVARS ? 

– le 1/4h de lecture est-il en place ? Selon quelles modalités ?

– comment se fait le suivi élève, sur Pronote ? Avec le carnet ?

– quelles modalités de communication avec les familles ?

– cahier ou classeur ?

– une labellisation EDD / des éco-délégués ?

– y a t’il des clubs le midi ? Avec quelles modalités ?

– quels sont les horaires précis ?

– quel découpage du cycle 4 ?

– quels projets sciences ?

– y a t’il une limite pour les photocopies ? Accès à du papier cartonné ? De couleur ?

– comment se passent les commandes ? 

– quelle dynamique pour le conseil de cycle 3 et CEC ? Qui y va parmi les profs de sciences ?

– y a t-il des moments de convivialité entre personnels ? Une amicale ?

– quelles habitudes syndicales ?

– quelles sont les modalités de devoirs faits ?

– y a t-il un pôle sciences pour les conseils d’enseignement et/ou les conseils péda ? Un.e coordo disciplinaire ? 

J’ai découvert lors des échanges avec ma collègue que le collège fonctionnait en semestre ce qui a quelque peu désorganisé mes plans de répartition de travail de l’été… C’est une question à laquelle je n’avais pas du tout pensé !

Evidemment, lorsque j’ai su que j’avais ma mutation, j’ai pris contact avec ma nouvelle Direction pour me présenter et faire part de mes envies (notamment PP de 6e !) et de mes pratiques. J’ai averti de mes missions académiques et de l’impact que cela pouvait avoir sur mon EDT, les modalités que j’avais l’habitude de mettre en oeuvre pour compenser ces absences…

J’ai aussi pris pas mal de temps dans l’établissement en fin d’année pour découvrir mes nouveaux collègues et sentir l’ambiance de travail. C’était tout à faire intéressant car il y a eu une réunion dans la cadre de la rédaction du projet d’établissement façon world café avec 4 axes de réflexion. J’ai pu rester à la même table et j’ai ainsi vu défiler les 4 groupes de collègues. J’aime ce que j’ai vu dans les échanges, les personnalités et la dynamique générale. Je sais déjà auprès de qui je vais trouver un espace de stimulation professionnelle, avec qui je vais mener des projets ou m’engager pour les élèves.  

J’ai aussi pris un moment pour parler à ma Cheffe d’établissement de ce que je faisais sur les réseaux sociaux, avec les associations Etre PROF et Team Ludens et ici sur le blog. C’était très important pour moi d’être tout à fait transparente et proactive de ce côté.

Et puis j’ai demandé un accès à ma salle à la Direction, en prévision du nombre incalculable d’allers-retours à faire pour apporter toutes mes affaires et organiser ma salle à ma façon. Les tables sont fixes mais pas le mobilier de rangement. J’ai donc récupéré mes clés ! J’ai également pu rencontrer à cette occasion l’agente qui s’occupe de l’entretien de ma salle et ainsi évoquer avec elle les sujets et bases d’une relation agréable entre nous. Je sais que je penserai fort à la rentrée à Géraldine, qui partageait tous mes matins en musique à Trignac.

Je suis partie en vacances avec l’esprit assez tranquille, ayant tout ce qu’il fallait pour préparer ma rentrée avec sérénité. Et en ce 23 août, j’ai une boule de nostalgie en écrivant cet article, les yeux bien humides en pensant à mes super collègues de Trignac et à toutes ces folies qu’on a faites ensemble, mais je me sens prête à commencer une nouvelle page de ma vie pro à Mona Ozouf ! 

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