Devenir autonome, ça s’apprend aussi !

Contexte :

Ce qui m’a amenée à passer en classe autonome, c’est la grande hétérogénéité de mes élèves. Difficile d’avancer au même rythme avec tou.te.s les élèves. Même mes activités différenciées selon plusieurs niveaux ne résolvaient pas le problème. Les moments en cours dialogués et les activités proposées aux élèves lorsqu’on avancaient tou.te.s ensemble ne permettaient pas d’engager certain.e.s de mes élèves. Ils se cachaient derrière le groupe ou mettaient tellement de temps à entrer dans l’activité que finalement c’était le moment de corriger lorsqu’iels pouvaient enfin commencer à réfléchir. Cette fuite consciente ou non est caractéristique de mon établissement et probablement de beaucoup d’autres… Une conférence de Serge Boimare, venu nous accompagner sur un projet Cardie, et notamment ce qu’il appelle “remettre en route la machine à penser” a eu un fort écho sur ce que je vivais dans ma classe. Il m’était insupportable de voir ces élèves passer plusieurs heures par jour en classe sans rien produire intellectuellement. 

Nous avons illustré cela avec mes stagiaires cette année. Elles ont fait une mise en activité avec une de mes classes et nous avons constaté que finalement 7 élèves sur 19 n’avaient pas commencé à produire l’attendu lorsqu’elles ont corrigé (4 n’avaient pas du tout commencé alors que le temps donné était largement suffisant). C’est énorme… 

Le fonctionnement en classe autonome permet à chacun.e de mes élèves de rentrer vraiment dans l’activité, de produire sa propre réflexion, de s’engager dans les apprentissages. Mais être autonome ne va pas de soi, surtout lorsqu’on est un.e élève en difficulté avec les compétences de métier d’élève, que l’on a pas confiance en soi, que l’on a trop souvent été mis.e de côté ou puni.e parce qu’on ne se mettait pas au travail… 

Etre autonome, une compétence comme une autre

J’avais commencé par mettre en place un contrat d’autonomie en 2020-2021, suite à mes discussions avec Caroline Meyer, qui est aussi membre de la Team Ludens et qui a une expérience solide en matière de classe autonome. Dans son cas, l’élève qui ne respecte pas les règles de la classe, notamment le fait de travailler toute la séance, vient d’asseoir à côté de son bureau et “perd” ses droits.

Cela m’a bien aidée au départ à identifier mes attendus et les règles de ma classe mais finalement, c’est impossible à mettre en place dans mon cas, j’ai dû abandonner au bout de quelques mois. D’abord parce que je ne suis jamais à mon bureau, j’ai besoin d’accompagner mes élèves, de les pousser en passant les voir et en les questionnant sur là où iels en sont et aussi de gérer le matériel et ensuite parce que j’ai beaucoup trop d’élèves dans ce cas. Et puis “punir” parce que mon élève n’est pas autonome ne me semblait pas aller dans la bonne direction. C’est une compétence comme une autre et il me fallait trouver un moyen de faire progresser mes élèves dans cette compétence là aussi, notamment pour les élèves qui ont peu d’occasion de la développer à la maison. Je devais trouver un moyen de proposer une aide pour différencier ma pédagogie aussi dans ce domaine. 

Identifier les élèves à besoin

A la fin de chaque chapitre, je récupère les cahiers de mes élèves pour faire le point sur ce qui a été fait comme activités dans le plan de travail. Ce bilan de fin de chapitre, à retrouver dans cet article, me permet d’identifier les élèves qui ont produit très peu de travail au cours du chapitre. Ce sont ces élèves de niveau “débutant” pour l’autonomie qui vont bénéficier des aménagements pour les aider à gagner en autonomie. Pour mes élèves, c’est aussi un bon moyen de faire le point sur leur fonctionnement dans le cours de sciences et de rectifier le tir si besoin, notamment en listant les engagements. 

La table d'accompagnement

Depuis le printemps 2022, j’ai mis en place la table d’accompagnement qui consiste à rassembler mes élèves à besoin autour d’une même table. Iels ont toujours le droit de travailler à plusieurs (j’aime beaucoup la collaboration, je ne veux pas en priver mes élèves). Je les accompagne pour identifier les activités à réaliser en regardant le plan de travail à leurs côtés. Je m’attarde à cette table dès que possible. J’encourage, je canalise… J’aide à l’organisation du cahier… Et puis iels se rendent compte que je suis vraiment là pour les aider, iels y sont sensibles. La relation de confiance se met en place. Iels progressent dans l’autonomie, réussissent aussi les activités proposées et se sentent davantage compétent.e.s. Je leur dis d’ailleurs “tu vois, c’est seulement ça que j’attends de toi en classe, ce n’est finalement pas si difficile… quand tu essaies, que tu cherches, tu réussis…”. Dès que l’élève a atteint le niveau apprenti de la compétence “être autonome”, iel peut quitter la table d’accompagnement. Parfois cela se produit en 3 ou 4 séances, parfois il leur faut tout le chapitre pour atteindre ce pallier mais iels y arrivent.  

J’ai généralement très peu d’élèves qui se trouvent encore sur la table d’accompagnement au chapitre suivant. Parfois ce sont d’autres élèves qui y sont affecté.e.s mais au fil des chapitres, j’ai de moins en moins d’élèves à cette table. 

Cette année, j’ai pu aussi mesurer l’effet sur les élèves que j’avais eu l’année précédente (environ 40% des 5e actuels). Sur la trentaine d’élèves qui ont été sur la table d’accompagnement en ce début de 5e, seulement 5 sont des élèves que j’avais l’an dernier. Beaucoup ont maintenant bien compris les attendus et fournissent le travail attendu en autonomie. 

Rattraper le travail non fait

Cette année, j’ai 5 classes de 5e particulièrement difficiles. Alors quand j’ai fait le bilan du premier chapitre fait en autonomie (nous en avions fait un autre ensemble pour qu’iels intègrent le fonctionnement de la classe, à découvrir ici), les résultats étaient assez désastreux ! J’avais 2 à 7 élèves par classe qui n’avaient vraiment pas produit grand chose en 5 séances. J’ai eu besoin de recadrer les choses car cela ne venait pas seulement des difficultés à être autonome mais aussi d’une ambiance de classe peu favorable et je n’avais pas envie que cet état d’esprit “dilettante” se répande et gagne aussi les autres élèves. 

J’ai donc rédigé un petit billet que j’ai remis aux élèves concerné.e.s. 

Cela a été très efficace, mes élèves sont venu.e.s à ces temps de travail, je n’ai finalement mis qu’une seule heure de retenue sur la vingtaine d’élèves qui auraient pu en recevoir une. J’ai aussi eu 2 demandes d’élèves pour participer à ces temps de travail alors qu’iels n’avaient pas reçu de papier. Deux élèves m’ont aussi demandé si je pouvais pérenniser cela toute l’année. Lors de ces moments de travail en tout petit groupe, je pouvais facilement aider les élèves à se mettre en activité, expliciter, rassurer, encourager, féliciter. Bref, tout ce qu’il faut pour nouer là encore une relation privilégiée de confiance.     

Prendre le temps ...

Il ne faut pas s’attendre à avoir des élèves autonomes juste parce qu’on l’a décrété en septembre. Cela prend du temps mais sur une année scolaire, j’ai vu des progrès très importants. 

C’est l’ambition que nous avons avec mon collègue : rendre nos élèves autonomes entre la 6e et la 3e. Qu’iels soient capables de spontanément lire un document, chercher les réponses, utiliser des ressources disponibles. Nous avons le DNB en ligne de mire (nous avions été dépité.es quand plusieurs de nos élèves n’avaient même pas lu le sujet…).

Nous voyons déjà les effets sur nos élèves de 5e et 4e qui ont eu une année complète en fonctionnement en autonomie avec moi et des temps de séquence avec mon collègue cette année. 

(11 commentaires)

  1. MERCI pour ce partage. J’ai aussi des élèves qui ont des difficultés à être autonome. Tu as raison, il faut les accompagner, les rassurer. Je trouve très intéressant de mettre en place une table spécifique pour les aider. Je vais essayer apres les vacances
    J’ai aussi des élèves qui attendent que toute la classe se mette au travail pour commencer à réfléchir.

  2. J’ai fait exactement le même constat que toi. C’est pourquoi je suis aussi passé à la classe autonome. J’en suis à trouver quelques aménagements pour pouvoir être au plus près de ceux qui ont encore besoin de plus de présence. Ton post m’ouvre des perspectives ! Merci beaucoup de partager ton travail et ta réflexion ! 🥰

  3. Bonjour et merci pour ce partage.
    Juste une question. Les pictogrammes que tu utilises dans le tableau ne sont-ils pas perçu comme étant infantilisant ?
    Amicalement
    Éric

    1. Bonjour.

      Je ne les utilisais qu’avec les 6e au départ mais quand ils sont arrivés en 5e, iels me les ont réclamé avec force ! “Ben Madame, ils sont où les petits personnages ???” ” Oh non il n’y a plus les bonhommes à colorier ” … Alors j’ai décidé de les mettre aussi en 5e.

      L’an prochain, je vais avoir des 3e et je sens qu’iels vont me les demander mais je ne les mettrai pas à la rentrée. Je verrai selon leur réaction.

  4. Bonjour Ségolène. Toit d’abord un grand merci pour ta générosité et tes partages. Je suis près le plan de classe que tu as mis en place et une question me taraude. Comme les élèves travaillent à plusieurs, comment t’ assures tu que tous les élèves du groupe travaillent et qu’il n’y en a pas un ou deux qui se contentent de recopier sur les autres? J’ai malheureusement le cas assez souvent (par exemple quand dans le groupe il y a des élèves qui ont une rapidité d’execution très forte ou alors quand certains cherchent la facilité ). je n’arrive pas à trouver d’outils pour gérer ce problème. Est ce qu’ils travaillent en même temps dans un même groupe ou de maniere individuelle ?D’ailleurs, pour tes carré aide, est ce qu’il y en a un par groupe ou un par élève ? Merci d’avance. Ludmilla

    1. Bonjour,

      Je pose des questions aux élèves lorsque j’ai des doutes : quand tu étudies un graphique, à quoi dois-tu penser ? Si l’élève me parle d’augmentation ou de diminution et du fait de donner des valeurs, je sais qu’il ou elle a compris. Si ce n’est pas le cas, je note “non évalué” à côté de l’activité et je lui explique que je ne compte pas cette activité car l’objectif est que tou.te.s les élèves du groupe aient compris. Je le fais beaucoup en début d’année et ensuite les élèves savent et donc s’expliquent vraiment les choses pour que n’importe quel.le élève du groupe puisse me répondre.

      Le carr’aide est présent pour chaque groupe d’élèves. Un par table en gros.

      1. Merci pour ta réponse rapide 🙂 Je n’avais pas compris que les élèves travaillaient les activités au même rythme. Je suis dans un collège similaire au tien. Si les élèves en difficulté nous posent parfois des soucis d’organisation, il en est de même pour les élèves rapides qui ne tolèrent pas d’attendre leur camarade… Mais ça aussi ça se travaille. J’imagine qu’il s’agit de ne pas faire de groupes trop grands.

        1. Ils ne font pas les activités au même rythme si on considère le groupe classe mais j’évalue le travail du groupe uniquement quand tous les membres de ce groupe ont terminé l’activité.

  5. Bonjour,
    Prof d’SVT depuis… longtemps, je viens de me lancer en tant que Coordonnateur ULIS et je pense que ce type d’organisation convient tout à fait.
    Merci pour le partage, c’est chouette.
    Hervé

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